Association Présence de Gabriel Marcel 

« Peut-être un ordre terrestre stable ne peut-il être instauré que si l’homme garde une conscience aigu� de sa condition itinérante. »
Je souhaiterais que cette phrase paradoxale, jetée dans la conclusion de « Valeur et immortalité », p�t servir au lecteur de fil d’Ariane à travers ce qu’il serait sans doute un peu prétentieux d’appeler le labyrinthe que forment les essais rassemblés dans le présent volume� L’idée de voyage, qui n’est pas habituellement considérée comme offrant une valeur ou une portée spécifiquement philosophique, présente cependant l’inestimable avantage de rassembler en soi des déterminations qui appartiennent à la fois au temps et à l’espace� C’est ici que l’espérance trouve à s’exercer dans sa plénitude.
L’espérance est essentiellement� la disponibilité d’une �me assez intimement engagée dans une expérience de communion pour accomplir l’acte transcendant à l’opposition du vouloir et du conna�tre, par lequel elle affirme la pérennité vivante dont cette expérience offre à la fois le gage et les prémices.
L’�me, ai-je dit. Ce vocable si longtemps discrédité doit être ici rétabli dans sa primauté. Entre l’�me et l’espérance, comment ne discernerions-nous pas le lien le plus intime ? Je ne serais pas éloigné de croire que l’espérance est à l’�me ce que la respiration est à l’organisme vivant : là o� l’espérance fait défaut, l’�me se dessèche et s’exténue, elle n’est plus que fonction, elle est toute prête à servir d’objet d’étude à une psychologie qui ne repérera jamais que son emplacement ou son défaut. Mais c’est de l’�me, et d’elle seule, qu’il est suprêmement vrai de dire qu’être, c’est être en route.
 
SOMMAIRE : Moi et autrui – Esquisse d’une méthodologie et d’une métaphysique de l’espérance – Le mystère familial – Le voeu créateur comme essence de la paternité – Obéissance et fidélité – Valeur et immortalité – Situation périlleuse des valeurs éthiques – L’être et le néant – Le refus du salut et l’exaltation de l’homme absurde – Rilke témoin du spirituel – L’homme révolté.
ANNEXES : Mort et immortalité – Philosophie pascalienne (inédits).
POSTFACE : « Expérience et intelligibilité religieuse chez Gabriel Marcel », par Pierre Colin.

GABRIEL MARCEL (1944)